Préserver la musique traditionnelle à tout prix. Tel est le crédo de Sully Cally. Joueur de tambour, danseur, comédien, il écume le monde du spectacle depuis plus de vingt ans.
Multipliant les expériences, l’artiste s’est forgé une âme de battant. Aujourd’hui il est le premier homme d’affaires martiniquais s’intéressant à la musique des mornes.
Les bras croisés sur le pas de porte de son magasin, bien campé sur ses deux pieds, il a l’allure d’un gardien de temple. Celui de la musique traditionnelle de la Martinique que Sully Cally défend par tous les moyens. Danseur, comédien, percussionniste, c’est un artiste complet qui ne ménage ni son temps ni son énergie pour la défense du patrimoine musical martiniquais.
Originaire du Gros Morne, il a grandi dans les rues du bourg où très tôt il sera en contact avec les joueurs du bèlè, de quadrille ou de damier appelé aussi laghia. A l’âge de douze ans, Sully enfourche son premier tambour et y puise l’énergie qui le conduira vers une carrière hors du commun. Aujourd’hui, il possède une maison d’édition, un magasins de disques à Fort-de-France, traite des affaires avec le Japon et est diplômé d’Etat du Conservatoire Eric Satie pour la pratique des instruments traditionnels.
Arrivé à Paris à la fin des années 70, Sully Cally suit des cours de danse et modern-jazz, mais sa spécialité restera la danse traditionnelle. Très vite il enseignera son art en créant des ateliers de danse dans la capitale. A cette époque, la musique et la danse afro-caribéenne séduisent le public métropolitain et, profitant de cet engouement, l’artiste lance le Gymkadans. Une innovation qui marie la gymnastique aux danses traditionnelles et permet de réaliser différents mouvements en faisant appel à la souplesse du corps et de l’esprit.
Entre-temps, il dirige et préside le ballet folklorique Antilles-Guyane et se produit dans de nombreuses villes de France. Joueur de bèlè invétéré, il accompagne de nombreux artistes tels que Gérard Lavini, Maurice Jallier ou Moune de Rivel se faisant ainsi l’ambassadeur de sa culture.
Toujours en quête de nouveaux horizons, l’éloignement de son île natale devient pour lui le ferment de sa créativité. En 1987, il est de retour en Martinique et poursuit inlassablement son travail d’entretien du patrimoine musical à travers la discographie et la littérature.
En 1990, il signe son premier ouvrage « Musique et Danse afro-caraïbe » qui retrace le parcours et les influences de la musique traditionnelle et fonde, dans la foulée, sa propre maison d’édition. « Je voudrais rester maître de mes réalisations, j’ai trop vu des artistes se faire avoir, il fallait que je prenne mes affaires en main » déclare l’artiste.
Un éditeur japonais, Keiso Shobo,
s’intéresse à ce livre qui sera vendu à plus de 1 000 exemplaires au Japon. Il produit alors un groupe de jeunes japonais sortis du Conservatoire de Paris et les fait jouer des biguines, mazurkas, et damiers. Aujourd’hui c’est par fax qu’il négocie la réédition de son ouvrage ainsi que les contrats et droits d’auteur des musiciens nippons. Sully Cally, aidé d’une subvention du Conseil Général, éditera aussi « Le Grand Livre des Musiciens Créoles ». En 1992, il sortira à son compte et à son nom son premier album « Parole de tambours ».
On y trouve des morceaux issus du laghia et du bèlè. A cette époque, ses disques ont du mal à se faire une place sur le marché où les circuits de vente habituels se consacrent plutôt au zouk plus lucratif.
Depuis son retour en Martinique il poursuit sans relâche son travail d’entretien du patrimoine musical. Dans son magasin de disques, le public peut trouver ses albums, toutes les nouveautés de sons traditionnels ainsi que des musiques ethniques d’Afrique, de Réunion ou d’Amérique du Sud. Il se trouve plongé dans le monde des affaires et son profil de manager se dessine. Ainsi il crée le label musical « Collection Patrimoine » afin de faire revivre les sonorités d’une époque, qui selon lui, a tant à apprendre aux nouvelles générations. Il peut alors rééditer les albums de Hurard Coppet, Léona Gabriel, Ti Emile, Loulou Boislaville, etc.
Entre deux clients qu’il conseille longuement, il commente, « Je trouve que nos musiciens ne s’inspirent pas suffisamment de nos sons traditionnels qui pourtant plaisent aux gens de l’extérieur. Nous n’avons pas encore fait un travail de recherche suffisamment profond pour puiser dans les racines du pays. Par exemple, Mona n’est pas exploité et c’est dommage… ».
Ce self made man a le cœur sur la main et n’hésite pas à faire écouter plusieurs disques à une cliente du troisième âge en quête de souvenirs. Sur un air de Stéllio elle se rappelle d’une voix gaillarde, « J’aime cette musique qui me fait penser à l’ancien temps. Quand j’étais jeune, on dansait toute la nuit des biguines, des mazurka, des boléros, des valses. Aujourd’hui je vais encore dans les bals gwan-moun, monsieur, surtout en cette période de Noël. Cela nous permet de montrer aux jeunes comment on pouvait s’amuser auparavant et aussi d’oublier nos rhumatismes… ». Elle repartira avec deux CD, bien décidée à compléter sa collection de 45 tours qu’elle conserve jalousement.
Quelques instants après, une jeune antillaise en vacances en Martinique, rentre timidement dans le magasin. Sully Cally lui propose d’écouter un album de musique locale aux sonorités jazzy. Visiblement séduite elle confie « C’est la première fois que j’achète un disque traditionnel, j’ai besoin d’écouter des souvenirs d’enfance, surtout la biguine que l’on n’écoute plus. La société a changé, j’aime la musique moderne surtout la salsa, mais je regrette qu’on ne m’ait pas appris la danse traditionnelle, à l’école par exemple ».
Ces témoignages viennent couronner les efforts de ce chef d’entreprise qui a fait le pari de maintenir en vie tout un pan du patrimoine martiniquais. Pourtant, Sully Cally sait qu’il n’a pas encore gagné son pari. Il continue d’empoigner régulièrement son bâton de pèlerin pour donner représentation aux prisonniers ou lors des fêtes culturelles. Ayant obtenu, en 1997, une subvention du Conseil Général, il rééditera le livre de musique de Léona Gabriel-Soïme, « Ca c’est la Martinique » .
Après avoir joué dans presque toute l’Europe et la Caraïbe, Sully Cally poursuit inlassablement sa tâche. En avril 1998 il sera l’invité du Festival de Lafayette en Louisiane où il jouera avec le brass-band de Charles Catalano de la Nouvelle Orléans. Il souhaite ensuite produire un CD de cette formation en hommage à la Martinique et affirmer ainsi sa dimension internationale. Décidément, cet homme est infatigable et gagne de plus en plus d’audiences grâce à son émission dominicale sur RFO : « Farin’n Chô ».
Né au Gros-Morne, Sully CALLY est élevé près de la salle des fêtes où se déroulent veillées mortuaires, bals, fêtes, rythmés par les orchestres, les tambours et les flûtes. A l’âge de cinq ans déjà il participe à des concours de danses traditionnelles et de biguines. A douze ans, il fréquente les groupes folkloriques et apprend à danser avec le groupe Acacia. En 1972, il côtoie le Groupe Folklorique Martiniquais et s’adonne au tambour. Se forgeant auprès des anciens, et en écoutant les disques, il devient polyvalent, à la fois danseur, percussionniste et tambouyé, spécialisé dans les genres traditionnels du bèlè et du damyé.
Parti en Métropole après son service militaire, Sully CALLY cumule plusieurs emplois tout en multipliant les activités artistiques qui prennent peu à peu le pas sur le reste. Dès son arrivée en Métropole, il est nommé président de l'association du Ballet Folklorique des Antilles-Guyane.
Pendant des années, il ira de gala en gala, à la fois tambouyé et danseur. En 1978, il entre dans le show-business, danseur dans le film le Nègre marron de la liberté, du réalisateur mauritanien Med Hondo. Il danse en compagnie de Dalida, de Julien Clerc…, accompagne groupes et artistes tels que Moune de Rivel, Maurice Jallier ; devient chorégraphe des Créolita et crée un show musical pour les Makandja dont les galas sont appréciés en Italie, en Allemagne, en Belgique. Il poursuit la figuration et assure de petits rôles d’acteur dans tous Vedettes, Petit déjeuner compris avec Pierre Mondi,
la Citadelle, le Marginal et le Professionnel auprès de Jean-Paul Belmondo, les Nègres de Jean Genêt, Un chien écrasé avec Daniel Duval, l’Ile heureuse, comédie musicale de Rony Aul avec Greg Germain, Cé nou ki nou lé zampalan, comédie de Maurice Jallier au Théatre Populaire Antillais et, en 1990, Promotion Canapé avec Thierry Lhermite et Eddy Mitchell.
Il entre dans l’orchestre Fusion de Serge Fabriano qui allie gwo ka et jazz, enregistre des disques avec Josy Mass et Max Cilla, passe en attraction dans les cabarets « typiques » dont la Canne à Sucre avec quelques éléments du groupe de danse du Makandja, assure de multiples galas par le biais d’agences de spectacle, dirige aussi plusieurs ateliers de danse, devient membre fondateur de la radio Tropic FM où il assure pendant sept ans, aux côtés de André Huygues-Beaufond, l’émission « Zibouli Ziboulou » et lance avec ce dernier l’idée du carnaval antillais, avant de revenir s’installer en Martinique. En 1990 paraît son livre sur la musique afro caraïbe. Le dynamisme imperturbable de Sully CALLY lui permet de produire son disque « Paroles de Tambour » sur la musique qui accompagne les danses de lutte dès 1992 et, d’écrire son deuxième ouvrage sur les artistes antillais, tout en assurant des cours de danse à Fort de France.
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